Tu t’apprêtes à passer ton premier examen national : l’épreuve du brevet qui marque la fin de tes années de collège ! À l’école, depuis ton entrée en 4e, ou à la maison, on compte pour toi les semaines, les jours qui te séparent de cette échéance. Plus encore, on t’exhorte au travail (« Entraîne-toi davantage ! »), on commente tes résultats. On s’inquiète pour toi qui sembles parfois peu conscient des réalités, désinvolte, fuyant le travail. Difficile dans ces conditions de ne pas céder à un stress dont tu aimerais bien te défaire… Alors voici quelques conseils de la psychopédagogue Christine Henniqueau-Thioly pour apprendre à le gérer !

Tu sens bien que le brevet a une importance particulière : il te place au seuil d’un parcours exigeant – le lycée – et d’un choix de formations définissant ta future place dans la société. Car tu y penses, à ce « plus tard » ! D’autant qu’autour de toi, on s’attend à ce que tu y réfléchisses très sérieusement… tout en cherchant à te rassurer dès que tu montres de l’inquiétude. « Pas de quoi te mettre dans un état pareil, voyons…! » Cette double demande est compliquée, et c’est ainsi que s’installe le stress.

Tu tombes alors dans un engrenage : il devient plus difficile de garder l’esprit libre pour un travail efficace, mené dans la confiance. Parfois, tu peux avoir le sentiment de ne plus rien savoir, de mal mémoriser. Tu te sens fatigué et il t’arrive de mal dormir. Ce sont des signes à prendre en compte sans honte et à confier à ton entourage. Ils sont là pour t’alerter sur la nécessité de changer rapidement ce rapport de forces, entre le stress qui t’emporte parfois malgré toi et ta volonté de retrouver ton bien-être sans savoir comment. Oui, ce rapport de forces peut s’inverser !

Brevet 2018 sans stress : connaitre l'ennemi
Photo : iStock / Piotrurakau

Connaître l’ennemi

Si tu veux pouvoir vaincre un ennemi, il faut connaître sa nature et son fonctionnement propres. Voici quelques éléments essentiels pour comprendre le stress, cet ennemi intérieur qui te semble incontrôlable.

Qu’est-ce que le stress ?

C’est une réponse émotionnelle, une réaction normale de notre fonctionnement biologique. Ainsi, nous n’avons ni à le nier, ni à le redouter ; car plus on le craint, plus on a de raisons de le craindre, ce qui le renforce. Du coup, on a peur… d’avoir peur ! Bien au contraire, nous devons accepter le stress comme une donnée naturelle, sans nous culpabiliser. Cela ne signifie en aucun cas se résigner passivement et lui céder, vaincus d’avance ! L’accepter, c’est un acte de raison, un acte parfaitement adapté à la situation, et donc efficace. Il s’agit de reconnaître la réalité de ce qui se passe en se disant calmement : « D’accord, je suis stressé par toute la pression liée au brevet. Eh bien, j’accepte cette réalité, et je sais qu’il existe des moyens productifs de m’apaiser. »

Sans cette acceptation, tu deviens la proie de 3 types de réponses biologiques au stress, automatiques et dangereuses – car elles créent des habitudes de comportement dont il est difficile de se débarrasser. Ces réponses sont :

• la lutte : s’agiter dans tous les sens, se laisser emporter par la colère et s’en prendre au premier venu perçu comme un « agresseur » responsable de ton mal-être.

• l’inhibition : « faire le mort », ne plus être capable de penser ou agir, te sentir entièrement vide.

• la fuite : faire comme si l’épreuve qui t’attend n’existait pas, jouer le désinvolte, refuser de réfléchir aux conséquences de ton comportement.

L’origine de cette peur

Comme toutes les angoisses, la peur de l’examen est largement ancrée dans l’anticipation négative de l’épreuve à venir, que l’on s’interdit de rater. Cette notion est très importante : quand tu anticipes les difficultés futures, l’imagination prend le pouvoir et t’embarque dans des scénarios catastrophe que tu confonds avec la réalité. Tu penses que les consignes seront incompréhensibles, que tu seras incapable de réussir… Tout cela est purement imaginaire mais c’est ainsi que, sans en avoir conscience, tu lui donnes une pleine réalité : le brevet devient comme tu l’as pensé, c’est-à-dire difficile, voire impossible… Alors même que tu veux à tout prix la réussir. Tu comprends quel conflit cela crée en toi, et quel stress cela génère !

L’émotion n’est pas forcément notre amie

Quand l’émotion naît de la crainte de ne pas voir satisfait un besoin de reconnaissance, de sécurité et d’intégrité, elle devient ta propre ennemie. Et de façon si envahissante que tu perds ton bon sens, ta capacité à réfléchir et à décider ce qui est bon pour toi. L’émotion négative te pousse à te complaire dans cet état, à te sentir victime (des professeurs, du système scolaire, des programmes trop lourds, des épreuves trop difficiles, des parents inquiets, répressifs ou exigeants…).

Mais ton système nerveux est structuré de telle sorte que l’action permet de prendre du recul et de réduire l’intensité de l’émotion qui te nuit. Tu as déjà étudié le système nerveux en cours mais on ne t’a sans doute pas expliqué cela, car ça relève de la psychologie, pas vraiment enseignée au collège !

Brevet 2018 sans stress : se protéger
Photo : iStock / Sergey Peterman

Savoir se protéger

Il s’agit de préserver ton bien-être, ce qui va bien au-delà de l’épisode de vie qu’est le brevet des collèges. Tu dois adapter ta manière de penser et d’agir.

Des pensées pour produire des émotions positives

À l’inverse des pensées négatives, les pensées positives vont favoriser ta disponibilité au travail. Plus confiant et apaisé, tu pourras agir efficacement. Dis-toi par exemple, pendant tes révisions : « Je fais de mon mieux, je sais que j’ai déjà travaillé cette leçon, réussi cet exercice. Si je veux, je peux demander de l’aide. Je vais me donner une heure pour en finir avec ce chapitre, puis je prendrai une pause en écoutant la musique qui me fait du bien… »

Ce discours intérieur est plus encore utile lorsque tu dois réaliser une tâche bien précise. « De quoi s’agit-il ? Qu’est-ce que je connais des attentes d’un correcteur dans cet exercice ? Que dois-je faire pour le réussir ? Qu’est-ce que je sais faire, qu’est-ce qui va m’aider ? » Par l’effet vertueux de ces pensées orientées vers la réalisation réussie de la tâche, tu libères le potentiel dont tu as besoin.

On l’a vu : l’action, c’est la clef !

Des actes à faire

Dès que tu sens monter le stress, applique l’une des solutions suivantes :

• construire un planning. C’est toujours une bonne pratique, comme un guide personnel ! À condition que tu le fasses de façon réaliste et selon des critères bien pensés : l’urgence des tâches, le temps nécessaire pour les accomplir et leur difficulté. Inutile de planifier sur un temps trop long. En revanche, il est important de ressentir en toi la force de ta volonté et de ton engagement à tenir ces prévisions.

• mener des actes qui te rendent ton potentiel d’apprentissage pendant les révisions. Ils doivent être adaptés à la réalité du travail à fournir ; choisis d’abord les plus faciles pour ensuite permettre la progression dans des tâches plus complexes. Inutile de se décourager dès le départ ! Observe la situation à traiter pour y reconnaître des acquis, te remettre en mémoire le savoir présent dans une consigne, te poser les bonnes questions sur les pratiques méthodologiques enseignées. N’oublie pas de vérifier si les réponses qui te viennent spontanément à l’esprit sont valides ou non.

• mener des actes qui font de ton corps ton meilleur allié. Bien installé, les yeux fermés, concentré sur toi-même, respire lentement et en profondeur par le ventre, en calquant ta respiration sur quelque chose de régulier – par exemple le flux et le reflux des vagues. Fais des étirements en respirant bien. Imagine-toi en train de passer l’épreuve du brevet, dans des situations de travail très précises (étude d’un document d’histoire, démonstration mathématique…). Dis-toi que tu sais faire cet exercice, que tu connais ce cours et ce que le correcteur attend (par exemple citer le texte dans tes réponses), et ressens profondément le plaisir de réussir ! Pratique ces exercices de respiration le jour de l’épreuve, dès que tu seras installé à ta table, et à tout moment si tu sens arriver le stress.

Naturellement, tout ceci relève de ta responsabilité : c’est toi qui décides de t’approprier – ou non – ces connaissances, pratiques et conseils. Mais tu n’es pas seul ! Des adultes, particulièrement tes parents, ont leur place dans cette histoire. Chacun à sa manière, ils participent à l’apaisement que tu souhaites atteindre.

Brevet 2018 sans stress : accompagner le collégien
Photo : iStock / Steve Debenport

VOUS QUI ACCOMPAGNEZ un CANDIDAT (ou une candidatE) AU BREVET, QUE POUVEZ-VOUS DIRE ET FAIRE ?

Vous avez sans doute le sentiment de ne pas « mettre la pression » à votre adolescent, de ne pas contribuer aux tensions qui l’animent. Sachez cependant que nul n’est vraiment à l’abri, bien malgré lui, du climat délétère dans lequel baigne notre société – et l’école est extrêmement poreuse à ce qui se passe à l’extérieur de ses murs. Alors tentez d’autres expériences !

D’autres pensées

• « Le stress de mon adolescent est compréhensible et mérite toute mon attention. »
• « Mon attention l’assure de l’accompagnement bienveillant et efficace dont il a besoin. »

L’adolescent ne recevant pas des adultes qui l’entourent une empathie bienveillante, à la fois reconnaissante de ce qu’il vit et apaisée, risque d’éprouver colère et ressentiment. Cela le conduit souvent à adopter face à eux un comportement provocateur et agressif en les accusant d’accroître son angoisse. Cette situation ne fait que renforcer son propre stress et, en un cercle vicieux bien huilé, génère le vôtre.

D’autres actes

Créez le plus possible un climat tranquille à la maison, parlez de choses qui le passionnent. Privilégiez l’humour, garantie de la décharge d’émotions négatives envahissantes, et proposez des temps de distraction.

N’hésitez pas à encourager, par des surprises qui lui feront plaisir, toute initiative de travail, quand bien même elle vous paraitrait encore insuffisante. Puis proposez tout naturellement quelque chose de plus consistant, sur le mode de la simple suggestion, en lui demandant d’en évaluer la pertinence. Diplomatie oblige !

Offrez à votre collégien les disponibilités que vous pouvez vraiment assurer en temps et en capacité d’aide. Appliquez le principe de réalité ! Toute promesse non tenue suscitera son reproche et sa colère, suivis de la menace : « Puisque c’est comme ça, je laisse tomber. » Invitez-le plutôt à vous faire lui-même des propositions selon ses besoins, qu’il devra exprimer clairement ; n’acceptez pas les « j’y arrive pas » ou « j’y comprends rien », formulations négatives qui alimentent la croyance en ses incapacités et créent une réalité intérieure à laquelle on adhère, produisant ce que l’on craint.

D’autres paroles

« Je sais que tu es dans l’inquiétude, je le vois, et il n’y a rien de plus normal. Qu’est-ce qui te donnerait le sentiment de plus de sécurité, et que je puisse faire ? » Pour en finir avec le stress du brevet, aidez votre enfant à s’imaginer après l’épreuve, en vacances, en train d’en sourire avec bienveillance.

« En quoi puis-je t’aider ? Que penses-tu t’être utile ? Qu’est-ce qui te permettrait d’avancer ? » Ces formules viennent chercher l’adolescent dans la réalité de l’action qu’il doit fournir et l’arrache aux pensées automatiques négatives. Mais attention : lui parler de ce qui « marchait bien » pour vous est contre-productif ! Vous risquez un « je ne suis pas toi » en fin de non-recevoir.

Rappelez-lui aussi des expériences réussies contredisant ses craintes. Pour rester dans le cadre de l’action et lui faire partager ce souvenir positif, demandez-lui : « Qu’est-ce qui t’avait fait réussir ? » Quand nous racontons une expérience heureuse, elle s’inscrit de nouveau dans notre mémoire émotionnelle et « reprend vie » en réactivant ses effets vertueux au moment d’une nouvelle expérience.

Le brevet et les contrôles qui le précèdent constituent une belle occasion d’appliquer ces pratiques anti-stress, qui sont toujours utiles durant le parcours scolaire et dans la vie. Le stress de l’examen n’est pas une fatalité ! Des moyens existent pour obtenir ce que l’on souhaite le plus – comme passer une épreuve qui nécessite de travailler dur et de changer notre façon de vivre.

Professeur de lettres pendant 16 ans, Christine Henniqueau-Thioly est aujourd’hui une psyhopédagogue reconnue auprès des enfants et adolescents. En tant que membre du comité pédagogique du Cours du Pont de Pierre, elle offre aux élèves un enseignement personnalisé pour leur redonner le goût de l’apprentissage. Elle anime régulièrement des rencontres et des conférences à destination des parents et des enseignants.

Christine Henniqueau-Thioly a notamment  publié une méthode de lecture chez Flammarion et plusieurs livres sur l’accompagnement du travail scolaire :
• Savoir accompagner le travail scolaire en primaire, Fabert, 2007.
• Savoir accompagner le travail scolaire au collège, Fabert, 2008.
• Savoir accompagner le travail scolaire au lycée, Fabert, 2009.
• J’aime pas lire ! en collaboration avec Dominique Thouin, Flammarion, 2015.

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