#ApollinR18, c’est avant tout un projet fédérateur. En s’appuyant sur le centième anniversaire de la mort du poète Guillaume Apollinaire (voir notre article : Apollinaire et la guerre : une séance interdisciplinaire), l’idée principale est de célébrer la poésie dans le partage. Une initiative inspirante que l’on a souhaité partager avec vous. Pour ce faire, nous sommes allés à la rencontre des fondateurs du projet,  Jean-Charles BOUSQUET (IAN Lettres Ac. de Toulouse) Laure MAYER (IAN Lettres Ac. de Nice) et Anne VEGHTE (IAN Lettres Ac. de Montpellier), pour en apprendre un peu plus sur ce qu’ils désignent eux-mêmes par l’expression : « cette aventure un peu folle ». 

#ApolLinR18, qu’est-ce que c’est ?

#ApollinR18 est une aventure un peu folle. Nous sommes trois professeurs spécialistes du numérique en Lettres dans nos académies d’origine – Montpellier, Nice, Toulouse – dans notre jargon des IAN (Interlocuteurs Académiques pour le Numérique). Et nous avons décidé de travailler ensemble, au-delà de nos  classes, dans le partage. Nous croyons à la collaboration ; nous l’avons mise en œuvre au service du centenaire de la mort d’Apollinaire et du travail de l’oral, enjeu majeur des programmes.

#Pourquoi avoir choisi la figure d’Apollinaire ?

Apollinaire, c’était la figure rêvée pour entreprendre un tel travail, à la rencontre de tellement de questions d’actualité, à la portée des élèves de tous âges, du Primaire au Lycée.

Les commémorations de la Grande Guerre donnaient le contexte. L’homme a eu un destin qui touche les élèves : l’amour malheureux, la blessure de guerre, la grippe espagnole qui l’emporta. Nous disposons de sa voix enregistrée et d’une documentation foisonnante grâce à la BNF et à la numérisation des œuvres sur le site OBVIL de la Sorbonne avec l’HyperApollinaire. L’œuvre poétique qui travaille la lettre comme signe ou le mot comme image ouvre des perspectives créatrices illimitées.

#Que va-t-il se passer le 9 novembre ? et quel aspect le projet va-t-il prendre par la suite ?

Apollinaire est mort deux jours avant l’armistice. A l’heure où on se demande dans les médias s’il faut commémorer la victoire ou la paix de 1918, nous déplaçons la question : nous célébrons la poésie et tâchons de « rallumer les étoiles » avec nos élèves.

D’abord, il était facile d’organiser un événement sur Twitter en nous inspirant de l’action #JourSansE qui avait été menée à l’initiative de @canopé_49 sur Perec. Un hashtag porteur #ApollinR18 pouvait fédérer.

Mais cet été est née l’idée qui nous paraissait folle de recouvrir le Pont Mirabeau des créations des élèves qui auraient travaillé l’œuvre du poète. Yaël Boublil, enseignante au lycée Diderot à Paris a saisi la balle au bon. Elle est notre ambassadrice dans la capitale : grâce à elle les productions d’élèves de Toulon ou de Turquie, par exemple, seront accessibles aux passants parisiens qui pourront flasher avec leur téléphone des QRcodes et entendre les textes lus ou voir des calligrammes filmés. Elle organise de son côté une flashmob !

Bien sûr le #ApollinR18 continuera à vivre au-delà du 9 novembre. Et notre site apollinr18.fr continuera de récolter les travaux de toutes natures pendant l’année. Nous visons en particulier le travail de l’oral puisque nous nous appuyons sur le sujet des TraAM 2018-2019 qui s’y consacrent en Lettres : lectures, enregistrements, débats interprétatifs, échanges entre classes… Nous explorons en particulier les ressources de la webradio et des podcasts. Certains groupes sont déjà lancés. Nous aurons des diffusions un peu partout.

Nous voudrions aussi entrer en contact avec Raphaël Jerusalmy qui a écrit un roman superbe sur Kostro : « Les obus jouaient à pigeon vole » Si vous connaissez quelqu’un chez Actes Sud, c’est volontiers !

#Pourquoi avoir choisi le réseau social twitter pour développer ce projet ?

Les réseaux des IAN est très actif sur Twitter. Il nous permet de nous tenir au courant de nos activités et de mener une veille très productive ; nous échangeons énormément aussi en messages privés. Il était naturel de passer par ce canal-là. De plus en plus d’enseignants se servent de Twitter comme d’une salle des profs où fourmillent les idées. Là aussi nous faisons tomber les murs et nous mutualisons. Nous avons un groupe de travail en MD et aussi un groupe sur Slack.

#Votre AVIS SUR LE NUMÉRIQUE DANS L’ÉDUCATION

Vaste sujet ! Notre société quoi que nous en pensions est numérique. L’Ecole ne peut pas rester à l’écart. Nous voyons surtout dans le numérique le moyen de mettre en pratique la collaboration entre les élèves, en classe et à distance pour un projet commun, fédérateur, qui parie sur la créativité. Et nous constatons chaque jour combien les jeunes, engagés dans des projets de cette nature, s’investissent sans compter les heures, prennent plaisir à apprendre et progressent sur les compétences en jeu.

#Vos sources d’inspirations en termes de pédagogie innovante

Nous avons voulu dès le départ que le projet reste très ouvert : les enseignants travaillent avec les outils qu’ils maitrisent s’ils veulent rester dans leur zone de confort ; ils se frottent à d’autres s’ils aiment les risques. On voit combien certains de ces outils en raison de leur offre gratuite (ce qui devient de plus en plus rare) et de leur ergonomie intuitive ont pénétré dans les pratiques. La suite SparkVideo et Genial.ly sont très appréciés. Les padlets fleurissent. Malheureusement l’offre rétrécit… Et on les voit aussi échanger sur leur pratique et les outils dans les conversations privées.

Les sources d’inspiration… elles tiennent en un nom et le reste suit : Freinet. Nous n’avons rien inventé.

#Mais aussi…

Nous qui pilotons l’ensemble du projet, nous sommes frappés – enfin pas tant que cela… – par le plaisir de tous. Quel oxygène ! Des liens se créent entre enseignants qui ne se connaissaient pas. Nous apprenons les uns des autres. L’idée lancée par l’un est portée par d’autres.

Les élèves sont manifestement enthousiastes, s’investissent. Et tout cela prend du sens. Quand un élève d’un établissement situé en zone dite « défavorisée » reste au-delà de l’heure d’enregistrement et reprend parce que ce n’est pas parfait, « Non , madame, faut aller au bout… », qu’il a compris que la langue écrite, ce n’est pas la langue orale, qu’un texte vit, vous n’avez plus besoin de vous poser de question.

Merci beaucoup aux fondateurs d’#ApollinR18 d’avoir pris le temps d’échanger avec nous et de répondre à nos questions. Retrouvez toutes les informations sur le site  et suivez le projet sur Twitter.

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