Bienvenue à toi, collégien ou collégienne, qui t’apprêtes à passer le Brevet. Moi, c’est Mayalen et je viens de finir mon Hypokhâgne (études littéraires). Aujourd’hui, je vais te montrer ce que tu aurais pu répondre si tu as déjà passé le DNB de français à Pondichéry en 2018, ou te donner des conseils et éléments de réponses afin d’aborder sereinement les épreuves que tu vas devoir passer en cette fin d’année.

Un petit conseil avant de commencer : avant de répondre à une question, regarde les points, afin d’adapter ta réponse en fonction du barème. S’il est faible (1-2 points), ne t’y attarde pas trop, et ménage ton temps pour les questions à développer, généralement plus importantes (4-6 points) fais alors une réponse longue et plus précise.

Extrait de Colette, Claudine à l’école, 1900

Travail sur le texte littéraire et sur l’image (50 points)

Dans ce récit de Colette, rédigé en collaboration avec Willy, le personnage, Claudine, raconte sa jeunesse.

Je m’appelle Claudine, j’habite Montigny ; j’y suis née en 1884 ; probablement je n’y mourrai pas. Mon Manuel de géographie départementale s’exprime ainsi : « Montigny-en-Fresnois, jolie petite ville de 1950 habitants, construite en amphithéâtre sur la Thaize ; on y admire une tour sarrasine1 bien conservée » Moi, ça ne me dit rien du tout, ces descriptions-là ! D’abord, il n’y a pas de Thaize ; je sais bien qu’elle est censée traverser des prés au- dessous du passage à niveau ; mais en aucune saison vous n’y trouveriez de quoi laver les pattes d’un moineau. Montigny construit « en amphithéâtre »2 ? Non, je ne le vois pas ainsi ; à ma manière, c’est des maisons qui dégringolent, depuis le haut de la colline jusqu’en bas de la vallée ; ça s’étage en escalier au-dessous d’un gros château, rebâti sous Louis XV et déjà plus délabré que la tour sarrasine, épaisse, basse, toute gainée de lierre3, qui s’effrite par en haut, un petit peu chaque jour. C’est un village, et pas une ville ; les rues, grâce au ciel, ne sont pas pavées ; les averses y roulent en petits torrents, secs au bout de deux heures ; c’est un village, pas très joli même, et que pourtant j’adore.
Le charme, le délice de ce pays fait de collines et de vallées si étroites que quelques- unes sont des ravins, c’est les bois, les bois profonds et envahisseurs, qui moutonnent et ondulent jusque là-bas, aussi loin qu’on peut voir Des prés verts les trouent par places, de petites cultures aussi, pas grand-chose, les bois superbes dévorant tout. De sorte que cette belle contrée est affreusement pauvre, avec ses quelques fermes disséminées, si peu nombreuses, juste ce qu’il faut de toits rouges pour faire valoir le vert velouté des bois.
Chers bois ! Je les connais tous ; je les ai battus si souvent. Il y a les bois-taillis, des arbustes qui vous agrippent méchamment la figure au passage, ceux-là sont pleins de soleil, de fraises, de muguet, et aussi de serpents. J’y ai tressailli de frayeurs suffocantes à voir glisser devant mes pieds ces atroces petits corps lisses et froids ; vingt fois je me suis arrêtée, haletante, en trouvant sous ma main, près de la «passe-rose»4, une couleuvre bien sage, roulée en colimaçon5 régulièrement, sa tête en dessus, ses petits yeux dorés me regardant ; ce n’était pas dangereux, mais quelles terreurs ! Tant pis, je finis toujours par y retourner seule ou avec des camarades ; plutôt seule, parce que ces petites grandes filles m’agacent, ça a peur de se déchirer aux ronces, ça a peur des petites bêtes, des chenilles veloutées et des araignées des bruyères, si jolies, rondes et roses comme des perles, ça crie, c’est fatigué — insupportables enfin.

Colette, Claudine à l’école, 1900.

1 Tour sarrasine : tour construite au Moyen Âge à l’époque des conquêtes arabes.
2 Amphithéâtre : lieu de spectacle antique en arc de cercle avec des gradins.
3 Gainée de lierre : entourée du végétal qu’est le lierre.
4 Passe-rose : la passe-rose est une variété de fleur.
5 En colimaçon : en spirale.

Grammaire et compétences linguistiques

1) Ligne 25 : « ces atroces petits corps lisses et froids ».

a) Que désigne ce groupe nominal ? (1 point)

Ce groupe nominal désigne les « serpents » que Claudine découvre parfois (ligne 24). Cette périphrase permet au narrateur d’y intégrer une connotation négative, ressentie par le personnage de Claudine (affreux).

b) Quelle est la classe grammaticale du mot « atroces » ? Quel nom complète-t-il ? Relevez dans ce groupe nominal les autres mots de la même classe grammaticale. (3 points)

Le mot « atroces » est un adjectif qualificatif qui complète le nom commun employé au pluriel « corps ».

Ce groupe nominal est constitué de trois autres adjectifs qualificatifs, à savoir « petits », « lisses » et « froids ».

2) Réécriture :

a) Réécrivez le passage suivant en remplaçant « une couleuvre » par « des serpents » :

Petit conseil : Avant de recopier le passage, demande-toi ce qu’implique le changement de mot. Ici, « serpent » est masculin, et pluriel, tu dois donc accorder tous les mots qui s’y rapportent. Puis cherche tous les mots qui devront être modifiés : noms, adjectifs qualificatifs, adjectifs possessifs, déterminants, verbes, participes passés.

« Vingt fois je me suis arrêtée, haletante, en trouvant sous ma main, près de la « passe-rose », des serpents bien sages, roulés en colimaçon régulièrement, leurs têtes en dessus, leurs petits yeux dorés me regardant ». (5 points).

Attention : « regardant » est un participe présent, il est donc invariable.

b) Réécrivez le passage suivant en mettant les verbes conjugués à l’imparfait de l’indicatif :

Petit conseil : Avant de recopier le passage, identifie les verbes, et demande-toi ce qu’implique le changement de temps. Ici, fais attention aux sujets qui ne sont pas les mêmes pour tous les verbes.

« C’était un village, et pas une ville ; les rues, grâce au ciel, n’étaient pas pavées ; les averses y roulaient en petits torrents, secs au bout de deux heures ; c’était un village, pas très joli même, et que pourtant j’adorais. » (5 points)

 

3) Ligne 17 : « Des prés verts les trouent par places » : donnez la fonction de « les ». Quel groupe nominal remplace-t-il ? (3 points)

Petit conseil : n’oublie pas de te reporter à l’extrait de Colette pour y repérer le contexte de ce passage, et les mots explicités auparavant.

Dans la phrase « des prés verts les trouent par places », le mot « les » un pronom personnel à la troisième personne du pluriel. Le pronom « les » est mis à la place du nom pluriel « bois », en effet, on peut dire « des prés verts trouent les bois, par place ».

4) Justifiez l’orthographe de « battus » (ligne 22). (3 points)

Petit conseil : dans la phrase, procède à une analyse grammaticale, identifie ainsi le verbe, le sujet et le complément.

Rappel : Au passé composé, le participe passé employé avec l’auxiliaire être s’accorde en genre et en nombre avec le sujet. Employé avec l’auxiliaire avoir, le participe ne s’accorde pas, sauf si le complément d’objet direct est placé avant, dans ce cas, il s’accore en genre et en nombre avec le COD. Ici, le complément est placé avant l’auxiliaire avoir.

Dans « je les ai battus », le complément d’objet direct est « les » qui remplace « bois ». Puisqu’il est placé avant l’auxiliaire avoir « ai », il faut accorder le participe « battus » avec le pluriel masculin « les », c’est à dire « bois ».

 

Compréhension et compétences d’interprétation

1) a) Lignes 15 à 21 : quelles sont les caractéristiques attribuées aux bois dans le troisième paragraphe ? (3 points)

Dans le troisième paragraphe, le narrateur fait une description des bois et leur attribue diverses caractéristiques, à la fois positives et négatives. D’un côté, ce sont des bois « profonds et envahisseurs », qui dévorent tout, par leur abondance (« moutonnent et ondulent »). Mais d’un autre côté, ce sont aussi des bois « superbes », présentés comme « veloutés », et qui font « le charme, le délice de ce pays ».

b) Quels sont les éléments du paysage qui échappent aux « bois superbes dévorant tout » ? (2 points)

Malgré l’avancée de la forêt sur les terres de ce pays, certaines cultures parviennent à s’imposer, de même que des prés et des fermes, qui témoignent de la présence humaine.

2) Lignes 28 et 29 : « mais quelles terreurs ! Tant pis, je finis toujours par y retourner ». Pour quelles raisons Claudine finit-elle toujours par retourner dans les bois ? (6 points)

Même si certains animaux ne sont pas dangereux, parfois, le simple fait de les voir peut effrayer, terroriser, comme pour Claudine. Cependant celle-ci expérimente ce que l’on peut appeler de l’attirance-répulsion, à l’idée de voir ces reptiles. C’est aussi pour Claudine une façon de montrer à son entourage que cela ne lui fait pas peur, et un moyen de se le prouver à elle-même, d’autant plus que l’animal n’est pas dangereux. C’est un défi que de surmonter cette peur. Claudine ne retourne pas seulement aux bois pour se confronter aux couleuvres, mais aussi pour y retrouver des éléments naturels et des animaux qui la fascinent, et qu’elle ne peut retrouver ailleurs. Tout ce qui peut lui faire peur ne la dissuade pas d’y retourner.

3) Lignes 30 à 32 : « ça a peur de se déchirer […] fatigué ». Qui le pronom « ça » désigne-t-il ? En quoi ce choix de pronom est-il surprenant ? Pourquoi est-il selon vous employé ? (6 points)

Le narrateur utilise cinq fois le pronom « ça » pour désigner les « petites grandes filles » qui ont l’habitude d’accompagner Claudine. Mais cette pratique est surprenante, car le pronom « ça » est généralement utilisé pour désigner toute chose inanimée. Cependant, la focalisation de l’histoire est interne donc les réflexions sont celles du personnage de Claudine. En effet, Claudine semble mépriser ces filles qui ont peur de tout, des animaux, ou d’abîmer leurs vêtements, et qui crient. Le pronom « ça » a donc une connotation négative qui s’ajoute aux termes péjoratifs, et permet d’insister sur l’agacement que Claudine a pour ces petites filles.

4) D’après vous, Claudine est-elle heureuse de vivre à Montigny, dans ce « pays fait de collines et de vallées » ? Vous justifierez votre réponse en vous appuyant sur des éléments précis de l’ensemble du texte. (7 points)

Le propos de Claudine est ambigu sur le sujet, puisqu’elle mêle à la fois des avis positifs et d’autres plus négatifs sur son village natal. Elle commence par contredire les descriptions que l’on peut faire de son village, employant des négations ou des mots dont la connotation est négative. Ainsi, il n’y a pas de rivière, même si elle est censée y couler, les « maisons dégringolent », le château est « délabré », la tour sarrasine « s’effrite par en-haut », et la ville ressemble plutôt, selon elle, à un village. Elle en vient même à dire qu’il n’est « pas très joli ». Quant aux bois, ils peuvent être agressifs, par leurs animaux, leur verdure ou leurs ravins.

Cependant, d’un autre côté, Claudine suggère malgré tout un certain amour pour son village. En effet, même s’il peut paraître inhospitalier, Claudine ne peut s’empêcher de retourner se promener dans les bois, « pleins de soleil, de fraises, de muguet », peuplés d’araignées « si jolies, rondes et roses comme des perles ». Finalement, elle « adore » son village et son pays, avec ses collines et ses vallées, qui en font « le charme, le délice ».

5) Comparez le texte et l’image : les deux documents offrent-ils la même représentation de l’enfance et de ses jeux ? (6 points)

Nous avons pu voir au préalable que l’une des activités favorites de Claudine est la promenade en forêt, sans se soucier de déchirer ses robes, de rencontrer des insectes, ou de recevoir des coups et des griffures d’arbustes.

De son côté, Renoir a représenté une petite fille en robe et escarpins, les cheveux retenus par un nœud, tenant en main son cerceau. La Fillette au cerceau, contraste fortement avec Claudine, par son calme apparent et sa tenue soignée. L’enfance que représente Renoir est plutôt obéissante et sage tandis que Colette brosse l’image d’une enfant plus intrépide, insouciante, et aventurière, qui cherche à sortir de la routine, par l’évasion en forêt et les défis quotidiens. La Fillette au cerceau représente justement ce genre de petites filles que Claudine a du mal à supporter, à cause de leur comportement peut-être trop citadin, attentives à leur apparence.

Extrait de Colette, Claudine à l’école, 1900

DICTÉE (10 POINTS)

Ah ! les bois, les chers bois de Montigny ! À cette heure-ci, je le sais bien, comme ils bourdonnent ! Les guêpes et les mouches qui pompent dans les fleurs des tilleuls et des sureaux font vibrer toute la forêt comme un orgue ; et les oiseaux ne chantent pas, car à midi ils se tiennent debout sur les branches, cherchent l’ombre, lissent leurs plumes, et regardent le sous-bois avec des yeux mobiles et brillants. Je serais couchée, au bord de la Sapinière d’où l’on voit toute la ville, en bas au-dessous de soi, avec le vent chaud sur ma figure, à moitié morte d’aise et de paresse…

Colette, Claudine à l’école, 1900.

Petits conseils :

  • Ne pas confondre l’interjection « ah ! », la préposition « à » (cf. liste des prépositions) et l’auxiliaire avoir conjugué à la troisième personne du singulier « a ».
  • Faire bien attention à accorder les pronoms avec le sujet.
  • Le verbe est au conditionnel, la terminaison est donc en –ais
  • Ne pas oublier que le narrateur est une jeune fille, il faut donc accorder le participe passé et les adjectifs qui se rapportent à Claudine au féminin.

 

Attention, à garder en tête pour toute dictée :

  • Il faut toujours réfléchir à la construction des phrases, au sujet et son verbe, aux adjectifs et les noms qu’ils qualifient.
  • Si tu ne connais pas un mot, identifie la racine pour trouver d’autres mots de la même famille et imaginer l’orthographe la plus probable.
  • Faire bien attention à accorder le verbe avec le sujet, même si celui-ci est loin dans la phrase, ou n’est pas répété.

RÉDACTION (40 POINTS)

Sujet d’imagination :

Évoquez un lieu de votre enfance qui a représenté pour vous un espace de jeux et de découvertes.

Votre texte mêlera description et narration et cherchera à faire partager les sensations et les sentiments que vous avez alors éprouvés.

Sujet de réflexion :

Vivre à la campagne ou vivre en ville : selon vous, où un enfant trouve-t-il le plus de possibilité de jeux et d’aventures ?

Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur votre expérience, sur les textes étudiés en classe ainsi que sur votre culture personnelle.

Conseils : Avant de commencer à coucher les idées sur ton brouillon, tu dois bien lire le sujet. Les trois règles, c’est « le sujet, tout le sujet, rien que le sujet ». Tu dois donc bien analyser le sujet, n’oublier aucune dimension du sujet, et ne surtout pas faire de hors-sujet. Lorsqu’il s’agit d’un sujet dual, comme celui-ci, propose des idées et répartis-les dans deux colonnes.

 

Quelques pistes de réflexion :

Vivre en ville, un espace de jeux et d’aventures privilégié pour les enfants :

  • Beauté urbaine, dans le patrimoine, monuments historiques ou contemporains à visiter, musées
  • La ville procure de nombreux compagnons de jeux
  • Parcs aménagés 

Exemple d’ouvrages que tu peux mentionner dans ta copie : Tour de France de deux enfants ; Les Misérables de V. Hugo où le personnage de Gavroche vit dans la statue creuse de l’Éléphant de la Bastille

Vivre en ville, un espace peu adapté pour les jeux et les aventures des enfants :

  • Trop de monde dans les rues, espace restreint
  • Danger des routes, des moyens de transport

Exemple d’ouvrages que tu peux mentionner dans ta copie : Zazie dans le métro, de R. Queneau (Zazie n’est jamais seule dans le métro, toujours accompagnée de son oncle.)

Vivre à la campagne, un espace de jeux et d’aventures privilégié pour les enfants :

  • Possibilité d’évasion, de rêves, de sorties
  • Eveil des sens
  • Espace pour développer son imagination et grands jardins pour s’amuser
  • Exploration de la nature, des animaux. Pas de pollution lumineuse pour regarder les étoiles
  • Promenades dans la campagne, baignades dans les lacs ou la mer

Exemple d’ouvrages que tu peux mentionner dans ta copie : Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier, Claudine à l’écoleLa Petite Fadette ou François le Champi, de George Sand

Vivre à la campagne, un espace peu adapté pour les jeux et les aventures des enfants :

  • Solitude
  • Evasion sans limite avec risque de se perdre
  • Danger de l’espace sauvage

Exemple d’ouvrages que tu peux mentionner dans ta copie : Sans famille de Hector Malot, Sa Majesté des Mouches de W. Golding.

En conclusion, tu réponds selon ton avis personnel, le principal est que tu justifies bien ton argumentation.


Le mot de la fin 😉

J’espère que ces corrigés t’aideront à bien préparer ton brevet de français.

Bon courage pour l’épreuve du DNB qui t’attend à la fin du mois de juin 2018 ! N’hésite pas à poser des questions dans la zone de commentaires ci-dessous, nous essaierons de t’aider !

Mayalen